Vocabulaire de la psychosomatique psychanalytique

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15/12/2011

Allergies

Les allergiques ont une difficulté particulière à reconnaître l'autre dans son altérité et à vivre un rapport conflictuel avec lui. Aussi cherchent-ils à effacer la distance qui les sépare de l'objet pour en faire un « hôte permanent ». (Pierre Marty,1958, La relation objectale allergique, Revue française de psychanalyse, tome 22, n°1). Si la tentative de rapprochement échoue cela déclenche une crise d' allergie. La crise résulte, selon Pierre Marty, d'une régression jusqu’à un niveau de fixation antérieur archaïque ou sujet et objet ne sont pas nettement différencié. La saisie immédiate de l’objet sans conflit et non différent de soi est l’activité essentielle de l’allergique. Le déplacement libidinal massif du lien libidinal d'un objet à l'autre, typique chez l'allergique, rend tout objet interchangeable.

Dans la relation d’objet allergique, selon Pierre Marty, Il y a identification totale et massive du sujet allergique à l'objet : « Le sujet habite l’objet de la même façon qu’il est habité par lui ». L’échec de la tentative de rapprochement provoque la crise allergique : asthme, eczéma, urticaires, etc. Certains sujets, lors des crises traversent parfois un état confuso-onirique, d’autres ont des angoisses de dépersonnalisation.

La relation d’objet, dans un premier temps, consiste en la saisie immédiate et massive de l’autre jusqu’à la confusion des identités, suivie dans un deuxième temps, par l’aménagement progressif de cet objet. L'aménagement vise à réduire la distance jusqu’à l’indistinction par interpénétration sujet/objet. Une familiarité particulière avec l’inconscient rend compte d’une étonnante empathie.

Quand apparait une incompatibilité entre deux objets également investis, comme dans la situation œdipienne, l'allergique se retrouve « écartelé » entre ces deux objets auxquels il est identifié ; alors survient le mécanisme régressif puis la crise. Un autre motif de crise allergique est la perception imprévue d'un trait nouveau ou la disparition de l’objet, même matériel, comme un appartement lors d'un déménagement.

La crise allergique résulte, selon Pierre Marty, d'une régression globale stabilisatrice jusqu’à un niveau antérieur de fixation qui interrompt la régression et protège d’une désorganisation progressive ou d’une dépersonnalisation franche. On devine dans ces conditions les risques que pourraient présenter un traitement qui viserait directement les symptômes de l'allergie.

Le foyer de fixation se constitue lorsque le sujet subit des traumatismes à la phase archaïque de son développement ou règne encore l' indistinction sujet/objet. Michel Fain situe cette fixation primaire au niveau du deuxième organisateur de Spitz, "angoisse du huitième mois" ou "peur du visage de l'étranger". Le deuxième organisateur est à la base de la mise en place de la triangulation associée au début de la différenciation sujet/objet (1).



Pierre Marty parlera d' « allergie (dite) essentielle » quand le sujet allergique aura un besoin impérieux de réaliser une fusion maximum avec l’objet jusqu’à un stade d’indifférenciation. L’allergique essentiel réagit sur un mode allergique aussi bien aux corps étrangers qu’aux ruptures affectives, réelles ou imaginaires. Il procède à une négation de l'absence de l'objet comme une négation de toute distance de l'objet, négation qui suscite la confusion chez l'observateur au cours de l'investigation clinique.

Les allergiques essentiels aux régressions globales sur l’axe central de l’organisation psychosomatique, ne relèvent pas de la psychanalyse classique, mais d’un accompagnement psychothérapique et d’une prescription médicamenteuse. Ceux qui présentent des fixations allergiques partielles sur  une chaine évolutive latérale d’ordre allergique , et qui ont une vie relationnelle et fantasmatique déterminée par leur névrose, restent la meilleure indication de psychanalyse classique. En effet, ces sujets procèdent en une saisie immédiate et  libidinale de l’objet du transfert, alors que les patients insuffisamment organisés ou présentant une désorganisation progressive fonctionneront plutôt  sur un mode opératoire.

Qu’est ce que recherche l’allergique ? Une fusion avec une mère idéalisée selon Pierre Marty ; le recours à la crise étant, selon Ziwar cité par Marty « la dernière ligne de défense contre la désintégration ». Pour ces auteurs la somatisation est aussi une défense ultime contre un effondrement de la personnalité.La présence d’une défense humorale dans la régression de l’allergique implique un niveau de fixation archaïque, vraisemblablement prénatal, selon Pierre Marty, pour « former un tout indifférencié avec le monde ambiant ».

Les premiers psychosomaticiens de l'Ecole dite de Paris ont affirmé que l'on ne pouvait pas associer un profil psychologique (Dunbar) ou un conflit inconscient typique (Alexander) à chaque grande maladie psychosomatique, contrairement aux espoirs de l'école de Chicago. Mais l’allergie constitue, dans une certaine mesure, une exeption. De plus les allergiques ont souvent une activité fantasmatique riche et non dépourvue de qualité libidinale et peuvent manifester une capacité d' empathie surprenante.

IDENTIFICATION PROJECTIVE : Il serait intéressant de se demander dans quel mesure le contrôle de l'objet par identification projective décrit par Mélanie Klein en 1946 serait à rapprocher de la saisie de l'objet décrit par Marty chez allergique, d'autant plus que Bion fait un usage de l'identification projective qui n'est pas sans évoquer les dons particulier d'empathie remarqués par Marty chez les allergiques.

(1) Le premier organisateur de Spitz est le sourire à tout visage humain vu de face alors que le deuxième organisateur est une réaction d'angoisse devant le visage étranger. Chez l'allergique le visage étranger est ignoré, évité comme étranger. La problématique de l'allergique adulte prend nécessairement racine au cour de la première année de vie du nourrisson, selon Michel Fain, entre le premier et le deuxième organisateur de Spitz ( L.Kreisler, Michel Fain, Michel Soulé, L'enfant et son corps, 1974, P.U.F. P.424)

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19/11/2011

Les procédés autocalmants

Le recours aux procédés autocalmants par des activités motrices et sensorielles, "techniques codifiées collant à des tâches concrètes"(Michel Fain) visent à annuler l'excitation. Ce sont des mesures excitantes qui sont recherchées pour maitriser le niveau de tension interne, limiter l’angoisse de détresse et ramener le calme (Claude Smadja. A propos des mécanismes autocalmants du moi. Revue française de psychosomatique, 1993, n° 4). Les procédés autocalmants du Moi sont aussi des mécanismes de défenses auxquels le sujet a recours pour parer aux menaces de désorganisation ou d'effondrement. Les conduites autocalmantes sont soustendues par une compulsion de répétition à l'identique afin d'évacuer une excitation d'origine traumatique.

Ces mécanismes résulteraient, selon Gérard Szwec, d’un certain degré d’intériorisation des systèmes maternels trop calmants et d’une tentative répétée de retour aux situations traumatiques précoces. G.Szwec pense que la recherche d'une excitation calmante par la tension musculaire douloureuse est un autosadisme (Gillibert), un rite auto-érotique autodestructeur , une sorte de jeu répétitif, en deux temps, dit-il , avec un premier temps du démembrement et un second de remembrement, rite touchant à la structuration de l'espace interne et externe à travers les sensations éprouvées dans le tonus musculaire. Ces pratiques permettraient au sujet de se sentir entier, intégré et maîtrisant le membre des membres (expression de Gillibert), le pénis. Le geste autocalmant et autosadique agirait dans le corps une liaison de la pulsion de mort avec la pulsion érotique. Le sujet jouirait d'une pulsion d'emprise exercé sur lui-même. (G. Szwec, Les procédés autocalmants par la recherche répétitives de l'excitation. Les galériens volontaires. Revue française de psychosomatique, 1993,n°4)

La mise en oeuvre de procédés autocalmants serait toujours liée à une excitation inintégrable, une névrose traumatique sous-jacente; force non liée à la libido résultant d’un "sadomasochisme inachevé" (Claude Smadja). Autocalmants, ces procédés peuvent être auto-excitants pour lutter contre l'effondrement dépressif.

L'enfant surexcité qui fait appel aux conduites maternelles pour trouver le calmer a tendance à s'organiser selon le modèle de l'insomnie précoce du nourrisson proposé par Michel Fain : une excitation produite par la mère venant neutraliser celle se son enfant. Ces procédés calmants vont mettre en latence la névrose traumatique qui sidère la vie mentale, sidération qui apporte une forme de calme. Lorsque les effets d'une certaine conduite maternelle ne peut être maintenue ils dévoilent l'évènement excitant qui réactive la névrose traumatique. Est envisagée l'hypothèse que la possibilité chez l'enfant d'avoir recours aux procédés autocalmants pour éviter la régression autistique, procédés qui utilisent les recettes issues de la réalité .(Diran Donabédian, Michel Fain, Psychosomatique et pulsions, Revue française de psychosomatique, 1995, n°7)

Faire appel aux procédés autocalmants pour lutter contre le retour des traumas précoces signent, selon Michel Fain, une organisation prématurée du moi qui recherche le calme, voire l'épuisement, et non la satisfaction hallucinatoire du désir et la satisfaction pulsionnelle.

Le moi s'est différencié au contact de la réalité dominée par le traumatisme, sans évolution suffisante de la sexualité infantile étayée sur les zones érogènes. La visée calmante se fait au détriment de la mentalisation ou de la de la satisfaction sexuelle hallucinatoire du désir et aboutit à la formation d'un moi-idéal, au lieu d'un surmoi oedipien, moi-idéal conforme à l'impératif de prématurité.

Les procédés autocalmants s'apparentent à la la répression qui "désarticule" (Catherine Parat) le lien entre affect et représentation, fondamental en psychosomatique. Les procédés autocalmants concernent une défaillance de la symbolisation. En cela ils s'opposent au refoulement et aux symptômes névrotiques. Ces mécanismes viennent en lieu et place de la régression psychique. Claude Smadja, Revue Française de psychosomatique, 8/1995).

(rédaction non terminée)

05/01/2009

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